“Mon Bégaiement, Ma Voix au Travail” : Témoignage de Murielle Beauregard, agente administrative dans le domaine de la santé et personne qui bégaie.
Nom : Murielle Beauregard
Titre de l'emploi : Agente administrative dans le domaine de la santé
L’ABC est fière de présenter “Mon bégaiement, ma voix au travail”. Une campagne de sensibilisation à l’occasion du Mois de l’ouïe et de la communication.
Tout au long du mois de mai, nous partagerons une série de témoignages vidéo et écrits pour mettre en lumière les réalités vécues par les adultes qui bégaient en milieu professionnel. À travers ces voix, la campagne vise à briser les tabous, déconstruire les idées reçues et ouvrir la voie à des environnements de travail plus inclusifs, où chaque manière de s’exprimer a sa place.
Comment décrirais-tu ton travail?
Je travaille comme agente administrative dans le domaine de la santé, où ma principale responsabilité consiste à contacter des patients pour leur offrir des rendez-vous médicaux. C’est un rôle profondément humain, car derrière chaque appel se trouve une personne qui attend souvent depuis longtemps, parfois avec inquiétude ou espoir, ce moment précis.
Chaque mois, je peux attribuer jusqu’à 500 rendez-vous, ce qui représente le double en nombre d’appels.
Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ton travail en lien avec le bégaiement ?
Le plus difficile, pour moi en tant que personne qui bégaie, c’est sans aucun doute de laisser mes coordonnées — comme un numéro de téléphone — surtout quand la personne en face me fait répéter ou semble pressée. Disons que la pression et moi, on ne fait pas toujours bon ménage !
Je remarque que mon bégaiement s’accentue justement dans ces moments-là, quand je sens que quelqu’un attend après moi. Paradoxalement, laisser un message sur un répondeur — presque comme réciter un texte — est beaucoup plus facile que de donner mes coordonnées en direct à quelqu’un qui attend, crayon à la main, prêt à ne rien manquer!
Heureusement, la grande majorité des gens font preuve de respect et de patience lorsque je m’accroche un peu plus longtemps.
C’est quoi ton plus beau moyen de fierté au travail jusqu’à maintenant?
Je raconte souvent cette anecdote : À l’adolescence, je n’aurais jamais osé commander une pizza au téléphone. Pourtant, en début de carrière, j’étais la personne attitrée pour lancer les codes d’alarme dans un hôpital, via l’intercom général, lors de situations d’urgence.
Je devais répéter trois fois des messages précis, avec des informations importantes. Et non seulement j’y suis arrivée, mais tout s’est toujours bien passé!
Bien sûr, ça venait avec quelques sueurs froides… mais ça a été incroyablement puissant pour renforcer ma confiance.
Quels sont tes projets de carrière?
Mes projets de carrière sont, pour ma part, déjà accomplis. J’aime profondément mon travail et je ne changerais pour rien au monde. J’aurais pu choisir un métier avec très peu d’interactions verbales, mais cela aurait été à l’opposé de qui je suis… et honnêtement, j’aime trop parler pour ça !
J’adore appeler les gens, leur parler, leur souhaiter une bonne journée. Je me sens pleinement comblée. Je me remercie de ne pas avoir écouté mes angoisses, d’avoir osé foncer et de m’être constamment exposée.
Si moi j’apprends à travers ces expériences, je crois aussi que, pour plusieurs personnes, être en contact avec des professionnels qui bégaient contribue à ouvrir les mentalités et à normaliser cette réalité.
Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui bégaient qui commencent à travailler ou qui veulent avancer dans leur carrière ?
Un emploi stimulant, captivant et valorisant devrait être un choix naturel et prioritaire. Il ne devrait pas être question de limiter ses ambitions par la peur d’être diminué ou freiné par le bégaiement… après tout, ce n’est pas parce que nos mots prennent parfois leur temps que nos idées, elles, manquent de vitesse !
Toutes ces différences font partie de la richesse humaine. Elles méritent d’être acceptées, mais surtout célébrées.

